mercredi 13 décembre 2017

La Nuit des Mères où Modra Necht



    Le Dictionnaire Celtique de Monard nous donnes : 
Uracia = Veilliée
Uracias = de Femme (où des femmes)
Donc Uracia Uracias = Veillée des femmes 

    Le Dictionnaire de Langue Gauloise de Delamarre nous donnes : 
Noux où Nox où Noxt = Nuit 
Noxtes = Nuits 
Matir = mère
Matres = mères
Donc Noxtes Matres = Nuits des mères
Encore : 
MATRONOXS | MATRion NOXS = Nuit des mères = Modra Nocht



Résultats de recherche d'images pour « soleil d'hiver »



La Modra Necht arrive donc avant le Solstice d'hiver au moment le plus sombre de l'année. La Terre et la nature semble en repos complet sous le grand manteau de neige blanche qui s'installe. Tout semble calme et les rires et les chants des célébrations à venir se mêleront aux sifflements des grands vents hivernaux.  Cette année 2017, cette célébration de la dites Nuit des mères se tiendra entre le 13 au 18 décembre selon quelques obédiences druidiques; donc en lune descendante jusqu'à la nouvelle lune du 18 décembre 2017. 



Réjouissons-nous car bientôt nous saluerons la renaissance de la Lumière et du Soleil!


C'est après un temps sombre et incertain des temps de novembre que de longues nuits s'installent et que le monde semble engloutit par les forces des anti-dieux, les Uomoriis. La Nuit des mères suivie du Solstice d'hiver vient confirmer la fin de cette ''offensive'' qui semble interminable contre les puissances divines de la lumière, les Tùatha Dè Dànann. Ceci dit, pour le Chaudron de Gundestrup, ce moment de l'année correspond à la descente de la grande déesse-mère Rigani et de ses compagnons dans le royaume souterrains de Cernunnos. Celle-ci sera poursuivi par les chiens vengeur de Taranis... et ceux-ci serons vaincus par le champion du dieu Esus avec l'aide de Rigani.   


Cycle annuel
Cycle du Chaudron de Gundestrup
 - Mythes et dieux de la Gaule, t.1



Le premier constat à dire est qu'il existe que peu de sources sur la Modra Necht et pourtant il semble y avoir des traces d'une célébration à la fois de la renaissance de la lumière et d'une déesse mère en Europe. Cette fête n'est pas relevée par des spécialistes des traditions celtiques commFrançoise Le Roux et Christian-Joseph Guyonvarc'h. Au plus, ils traitent des dites lavandières de la nuit qui sont des femmes maudites... 













Sinon, M. B. Dupinay de Vorepierre dans son Dictionnaire français illustré et encyclopédie universelle associe cette fête à la cueillette du gui la 6e nuit de la nouvelle lune après le solstice d'hiver. Cette fête également correspondre aux 12 nuits du temps du solstice d'hiver. 


'' Le blé lève ! '' 

disent les bretons 



Sur le forum de Druuidiacto, il y a une discussion intéressante sur la Nuit des mères. Le Druide Auetos signale aussi l'absence de mention de la Nuit des mères dans les sources antiques et dans le Calendrier de Coligny... J'ai trouvé cependant ces mots d'Astio's à notre bénéfice probablement tirés de M. Régis Boyer : 


La fête nordique dite de la nuit des Mères est mentionnée par Bède le Vénérable (De temporum ratione, XIII) qui rapporte cette expres​sion(Modranith) comme désignant, aux temps païens, la veille de Noël. En première approximation, cette appellation atteste une influence celto-germanique irrécusable et renvoie au culte des Mères (Matres, Matrae, Matronae), qui, s'il ne paraît pas avoir été connu de la Scandinavie à proprement parler, a joui d'une popularité bien établie dans tout le reste de la Germania : tant en Allemagne continentale qu'en Frise, on a la preuve de l'existence de divinités féminines de la fertilité-fécondité, conçues d'abord comme donatrices. Modranith signifie en saxon "Nuit des Mères".

Il en découle que cette fête est une importation saxonne ou frisonne en Angleterre, réputée correspondante à la Jule nordique solsticiale.
(...)

A l'origine, la fête des mères nord-germaine, en toute logique devait fêter la fin de l'hiver et non le retour de la lumière, donc l'arrivée du printemps, ce qui explique que 40 jours avant la pleine lune qui suit l'équinoxe d'automne devait se tenir une festivité germaine approximativement égale à celle d'Imbolc. Je postule donc que cette fête de descendance frisonne et saxonne soit plus acceptable aux temps d'Imbolc qu'en solstice d'hiver, contrairement à ce que notre Vénérable nous rapporte. La proximité de ces peuples avec les celtes devrait renforcer l'idée du cousinage de cette fête avec Imbolc.
 - Artio's . 2014 ''

Il est également possible, comme le mentionne M. Régis Boyer sur Universalis , que cette célébrations se rapporte aux déesses mères et souveraines, gage d'abondance, de protection, de fertilité et de fécondité. 


File:Déesse mère deux enfants.jpg
déesses mères et deux enfants
''La nuit des Mères mentionnée par Bède et associée à la fête de jul (Noël) — c'est-à-dire au sacrifice rituel et saisonnier aux Alfes (álfablót) —, fête de la fécondité par excellence, serait alors ou bien une perpétuation ou bien une résurgence intéressante d'une attitude cultuelle aussi vieille que le monde nordique. Et, à l'époque où écrit Bède, dans le monde anglo-saxon plus ou moins coupé de la souche scandinave, il n'est pas interdit de chercher, derrière la nuit des Mères, un souvenir plus ou moins inconscient du culte autrefois voué à Frigg ou à Freyja, l'une et l'autre maîtresses de la fertilité-fécondité. ''  -Régis BOYER, « NUIT DES MÈRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 décembre 2017
Comme trop souvent, nous nous confrontons à la rareté des sources écrites, certaines, matériels... Que la tradition orale ne peut pas complément remplacer pour nous aujourd'hui. 

  

Soit le soleil – la Soleil serait mieux dire puisque ce vocable est féminin dans ces langues –, toujours bienfaisant et bienvenu sous ces latitudes. (...) Et Sol figurera au panthéon, certainement en qualité de dernier avatar de la Grande Déesse du Nord, ou Déesse Mère que cette religion, comme toutes les autres, a connue. - R. Boyer 


Ceci dit, les diverses fêtes de ce temps de l'année, toutes plus où moins liés au Solstice d'hiver, peuvent aussi être confondues dans le mouvement druidique contemporain... Tantôt la Nuit des mères est associée à la suite des célébrations de Samonios, tantôt elle est une célébration indépendante située en début décembre, tantôt elle est associé à Artuana Alba le solstice d'hiver et, finalement, tantôt elle est associée au rite de la cueillette du gui et, pour finir, tantôt elle est plutôt située durant l'été avant Lugunaisatis. 


Aussi, par exemple, du côté de la CIDECD Collège International d’Études Celto-Druidiques, on assimile la Modra Necht aux rites de la cueillette du gui tel que relevés par les écrivains antiques (je ne m'attarderai pas sur le sujet puisque se n'est pas celui de l'article). 

Résultats de recherche d'images pour « Modra Necht, nordique »
''D'après Marc Questin, auteur de La Médecine druidique (1990, nouvelle édition inchangée 1997), "Le gui est apporté par les oiseaux du ciel sur l'arbre dont il exprime la survie après la mort apparente qui suit la chute des feuilles et des fruits. Il représente la survie de l'âme après la mort, son travail pour préparer la Vie Future (au sein du Gwenved) et tend vers la lumière jusqu'au renouveau printanier qui exprime cette renaissance dans une même souche (la race, la famille, le sol de son développement). En révérant le gui cueilli en un jour faste, c'est l'Âme immortelle que révéraient les druides. On recueillait le gui dans un linge banc. La cueillette terminée, on sacrifiait de jeunes taureaux blancs.'' - Anne , 7 novembre 2016 . https://www.luminessens.org/
Sur son site web, Mme. Anne relève que :  
Selon René et Claudine Bouchet, auteurs de Rituels secrets des Druides d'aujourd'hui (Éditions Trajectoires 2008), "la boule de gui - le fruit de cette plante - arrive à sa maturité ; c'est pour nous le symbole de l'esprit réincarné puisque seul il vient à la vie après le sommeil hivernal. - Anne , 7 novembre 2016 https://www.luminessens.org/single-post/2016/11/07/Le-Gui-la-panac%C3%A9e-universelle
.....................................

Et puis l'Avent et Sainte-Lucie ? 

La Sainte-Lucie est probablement une adaptation d'une fête romaine antique vouée à la renaissance du ciel où de la lumière, les dites Saturnales, fête religieuse dédiée à Saturne, ainsi que Sol invictus, fête du feu et du soleil romaine. Cette fête a été christianisée par la commémoration de sainte Lucie de Syracuse qui apporta vivre et réconfort à des chrétiens au début du ive siècle, lors des persécutions du romain Dioclétien. Bien évidemment, Lucie est un dérivé du nom de la Lumière. Lug, Lugus, Lux, Luce, Lucie ... On est pas à un '' L '' près. Son nom est donc un dérivé du latin lux (Lumière). 

Luce , Lucie , Lux , Lumière , Soleil

Le choix calendaire de cette commémoration revient toujours à la renaissance de la Lumière, du soleil au cœur de la période la plus sombre de l'année. Dit-on qu'« à la Sainte-Luce, les jours croissent du saut d'une puce. » Il n'est donc pas étonnant que la Ste-Lucie se soit bien substituée aux célébrations de ce moment de l'année en Europe et particulièrement chez les peuples du nord. La renaissance de la jeune déesse solaire pour les nordiques à ce moment de l'année y est probablement pour quelque chose. L'image de la jeune fille vêtue de blanc couronnée de chandelles est ici plus que pertinente. Un autre rite donc qui peut très bien être confondu avec la Modra Necht nordique. 

En bonus, nous retrouvons plusieurs adaptation de la Ste-Lucie sur tout le continent européen et même en Amérique jusqu'à aujourd'hui. En exemple, voilà une incorporation tardive médiévale au folklore français de la fête de Noël : 
En Alsace, la célébration de la fête de sainte Lucie qui avait lieu le 23 décembre avant la réforme du calendrier grégorien en 1582, a probablement entrainé son incorporation dans le folklore de Noël à travers le personnage du Christkindel. Deux personnages accompagnent la visite du Saint Nicolas : le Père Fouettard (Hans Trapp, qui selon la légende représenterait le chevalier Hans von Trotha) qui fait la liste des mauvaises actions passées de l'enfant, et le Christkindel, une femme vêtue de blanc et qui porte une chandelle, qui liste les bonnes actions de l'enfant. Les deux débattent afin de décider si l'enfant est puni ou récompensé par des cadeaux. Le personnage du Christkindel est à l'origine du nom alsacien du Christkindelsmärik, le marché de Noël de Strasbourg. 
- Wikipédia 

Pour ce qui est de l'Avent, cette pratique aujourd'hui chrétienne qui compte les dimanches et semaines avant la célébration de la naissance (sic) de Jésus Christ tire probablement aussi sa source dans un rite calendaire antique. Bien entendu, nous savons en toute logique qu'in n'en est rien.


'' La Bible ne nous dit rien sur la période de la naissance de Jésus. Ce que nous savons, c’est que Jésus a été crucifié au temps de la Pâque juive (Jean 18 : 39). Qu’il avait environ trente ans quand Il a commencé son ministère (Luc 3 : 23) et que celui-ci a duré trois ans et demi. D’après ce calcul, Jésus pourrait être né vers le début de l’automne.''Jacques Serieys

Avec ça, n'oublions pas Saint-Nicolas qui est fêté le 6 décembre au grand plaisir des commerçants. Remarquez au passage que l'Immaculée Conception chrétienne se fête le 8 ou 9 décembre, date « supposée » de la conception de Sainte Marie. Les rites ne s'arrêtent pas là avec la suite de Sainte-Lucie le 13 décembre puis ensuite le Réveillon de Noëlle 25 décembre! Le mois de décembre est donc un mois chargé pour les chrétiens... Qui, gageons le, n'ont probablement qu'adaptés,  que recyclés et que récupérés ce qui se faisait déjà autrement dans les pratiques populaires au fil du temps... 

Chandelles et rites de l'Avent 


Ce moment de l'année est, nous le retiendrons, important pour son aspect de célébration du retour de la Lumière et de sa victoire sur les ténèbres. 
Ne dit-on pas que le Soleil = Granno , le Brillant, le Rayonnant, est le Grand Invaincu ?! 


En mot de la fin, sur le site de la Communauté des Druides du Québec, où il n'y a pas non plus malheureusement de mention de la Nuit des mères, on dite cependant que : 

''On pourrait symboliquement comparer le Solstice d’Hiver à la Vie qui se développe dans la Matrice sombre, le germe qui s’éveille dans la terre ou l’embryon dans l’utérus de la mère. (...)Dans le mythe celtique, la Déesse donne naissance à un enfant de la Lumière, l’Enfant qui apporte la Lumière au Monde. Le Cycle de la Grande Roue Cosmique est aussi le cycle de vie de cet enfant qui naît au solstice et qui meurt le 1er novembre, plongeant ainsi le monde dans la noirceur.'' -   le 27 août 2011

Merci pour votre lecture... et bonne célébration de la Nuit des mère| Modra necht .

Cleio Louernos


___


Bonus  : 




Eponalia, https://www.facebook.com/events/346243172514781/



Modra Netch , Solstice d'hiver et la Cueillette du Gui. 




Publier un commentaire

Bannière

Messages les plus consultés