jeudi 11 février 2016

Deuxième commentaire ''Livre de la Voidie et de la Chouennerie''


Livre de la Voidie et de la Chouennerie
Tome 1 
La Sorcellerie et la tradition païenne des anciens canadiens
par Michel-Gérald Boutet

Deuxième commentaire


Je disais donc que le livre de M. Boutet était surprenant. (Nous avons déjà vu pourquoi) En fait, l'enjeu de fond est de savoir si une culture populaire, ancienne, orale ait pu persister à exister sans l'appui des élites? Abordé sous divers angles, nous savons que la réponse est oui. 



Bien entendu, les thèmes abordés touchent la tradition ancestrale canadienne-française (québécoise), le druidisme, la sorcellerie, la culture autochtone, le chamanisme amérindien, etc... Tout se rapporte à une histoire de nos ancêtres qui, pour reprendre l'idée du livre de M. Gilles Proulx Nouvelle-France Ce qu'on aurait dû vous enseigner, fût trop souvent mal-aimée, mal-appréciée, dévalorisée, etc... (Bien que, M. Proulx s'intéresse, comme bien d'autres, beaucoup trop à l'histoire des élites et des événements en passant sous silence les pratiques populaires) 

Pour M. Boutet, la tradition orale canadienne-française remonte sans aucun doute très profondément dans l'Histoire. Il débute son ouvrage en nous exposant sa méthodologie et en faisant un recul historique pour expliquer ensuite comment il s'est intéressé au sujet depuis qu'il est tout jeune. Il construit son ouvrage en faisant les liens, suivis et comparaisons nécessaires jusqu'aux contes, mythes et légendes gallo-romains. Il démontre comment il est totalement faux de penser que l'unique cadre de référence de l'imaginaire canadien-français se limitait à la simple lecture de la Bible! D'autant plus que la masse n'appartenait pas à la classe des lettrés.


Sur la thèse de la survivance des druides au court des siècles, disons d'abord que dans la société celtique, il y avait trois classes principales : celle productive, celle des guerriers et celle des druides. Nous savons que Jules César écrit que pour asservir ces peuples celtiques, il lui fallait détruire les deux secondes classes. Les druides et druidesses sont devenues, suite à la conquête par César, magiciens, devins, médecins, bardes, ... Ou bien, ils poursuivirent leurs enseignements bien cachés dans les forêts. M. Boutet consacre un chapitre fort intéressant dans son livre sur l'évolution probable de cette survivance tenace au cours de l'âge médiéval jusqu'aux sorciers et sorcières. (Un petit exemple plutôt rigolo : connaissant le piètre état de la médecine au moyen-âge, nous comprendrons les petites-gens d'avoir accordé leur confiance en les sorciers et sorcières pour se soigner; eux qui détenaient un savoir sur les sciences naturelles médicinales.) Ces derniers étant, entre autres, héritiers d'une partie des enseignements de l'Antiquité. 

Vous devinez que le chapitre suivant traite des connexions de la rencontre entre ces gens de savoirs venus d'Europe en Nouvelle-France avec celui des chamans autochtones. M. Boutet est fort révélateur ici sur l'attitude d'ouverture, dirais-je, qu'avaient nos ancêtres qu'en aux cultures autochtones; étant donné la quasi absence d'un contrôle englobant du sabre et du goupillon des élites ici durant le premier siècle de la naissance de la Nouvelle France. Tellement, que les gens de l'église se plaindront de cette trop grande promiscuité des Canadiens-Français avec les autochtones. Que penser d'ailleurs des dires de Marie de l'Incarnation (1599-1672) qui mettra en garde les élites en disant qu'il est plus facile de transformer un Canadien en Indien que le contraire!

Plusieurs autres développements auront cours ensuite... 



Désolé du manque de détails : mais je dois vous laisser lire le livre !!! 

:) 

Vous avez dit : Tradition Orale?


''Je me Souviens...'' Voilà la devise du Québec, et bien des esprits se demanderont : de quoi au juste devons-nous nous souvenir ? et encore : pourquoi l'avons-nous oublié? 




Ainsi, c'est de notre propre Histoire que nous devons nous souvenir. Évidemment, de l'histoire officielle et lettrée me répondrez-vous. Voir même trop souvent : d'uniquement l'histoire des vainqueurs! Et beaucoup de ces lettrés, de littéraires auto-valoriseront cette histoire. 

Pensons au tristement célèbre Lord Durham, pour qui le peuple Canadien Français n'avait plus aucune raison d'être; il se devait de se laisser assimiler à la dominance anglaise, lui qui était sans culture ni histoire. Pourtant, il avait tout tort ! et mille raisons politiques le poussaient à être si aveugle. M. Boutet, par son livre, nous aide à redécouvrir cette histoire et culture qui est propre à notre peuple sans avoir besoin de la domination anglaise, des aristocraties, des élites, des lettrés ou de l'église. 

Tout peuple, pour survivre, a besoin de mythes fondateurs, de légendes. 


Je vous laisse réfléchir à ces deux citations de M. Thierry Jolif : 


''Le mythe est méta historique, ceux qui persistent à vouloir y déceler des faits historiques réduisent sa valeur intrinsèque, élévatrice, et nuisent à son caractère extrinsèque, éducatif'' - Thierry Jolif , B.A B.A Mythologie Celtique, Pardès, P. 9 


''La tradition est connaissance métaphysique, et à ce titre, elle se passe de rites extérieurs, ce que la religion à proprement parler ne saurait et ne pourrait accepter. '' - Thierry Jolif, B.A B.A, Tradition Celtique, Pardès, p.11

Cependant, rappelons-nous que dans la société celtique, populaire (pour ne pas dire plébéienne, Issu du peuple, des classes populaires : Famille plébéienne), il n'y avait pas de différence entre le domaine du sacré et du profane. C'était même inconcevable! La vie spirituelle était donc pleinement intégrée à la vie quotidienne. Par exemple, les druides en particulier veillaient au maintien des sagesses primordiales, mais les traditions pouvaient varier selon les clans, familles, régions, époques, etc. Bien que, en Nouvelle-France, la comparaison puisse être ''lointaine'', il reste que bien des mythes, contes et légendes sont venues nourrir les pratiques quotidiennes de nos ancêtres. Ceux-ci inventant même de nouveaux mythes rattachés au territoire qu'ils habitaient. 

L'intention est une redécouverte, un rappel, un réenracinement fort justifié. Il s'agit, comme il est écrit si justement sur le site web de la Communauté des Druides du Québec :''Il ne s’agit pas d’un nouveau courant religieux ou d’une néo-secte issue du nouvel-âge mais plutôt d’une réappropriation ou d’une réactualisation, si vous voulez, d’un très ancien système de valeurs et de croyances traditionnelles issu du peuple. '' - Pour la défense de la tradition orale et du mysticisme naturel ancestral québécois

Et ici au Québec ? 


M. Boutet s'intéresse de très près aux oeuvres de Philippe Aubert de Gaspé père et fils et ce, pour des raisons intéressantes sur la tradition orale que nous avons discuté. Pourtant, la critique sur ces oeuvres est dure. Et les littéraires ne l'apprécient qu'à moitié : 



''Le héros, Armand, esprit rêveur, cherche la pierre philosophale, il trouvera moyen de prendre au cadavre d'un meurtrier une main nommée main de gloire en nécromancie et fort estimée des alchimistes. Les aventures qu'il connaîtra, nous ne devons pas les prendre plus au sérieux que l'auteur ne le fait lui-même, qui met dans la bouche de quelques comparses de vieilles chansons, aujourd'hui à peu près disparues des campagnes du Québec. '' - Gérard Tougas, Histoire de la littérature canadienne-française, presse universitaire de France, p. 8-9



Déjà, il y a trois pré jugements gratuits en une seule phrase : pré jugement sur le contenu, sur l'intention de l'auteur et finalement sur ce qui peut persister chez les communautés québécoises. Le jugement est sans appels : cette initiative quasi-anthropologique de la tradition orale et des réelles pratiques populaires est rejetée puisque ne correspondant pas aux attentes des élites... Et M. Boutet en traite également dans son livre. 



M. Samuel Baillargeon, dans son livre Littérature canadienne-française, Édition Fides, sera un peu moins acide mais reconnaîtra l'oeuvre des Aubert de Gaspé comme la naissance du roman canadien-français... Fait intéressant, il établit lui-même une date pour une ''fondation'' de la civilisation canadienne-française en 1713-1744 ou, dit-il, notre peuple avait acquis la robustesse nécessaire pour se développer de lui-même sur son propre territoire sans la métropole. Il fait référence à M. Marc Lescarbot (1580?-1630?); (celui-ci écrira des premiers poèmes répertoriés en terre de Nouvelle France), qui dans son livre Histoire de la Nouvelle-France p.21, prendra la défense de notre peuple en indiquant qu'il n'a pas plus de caractère de ''sauvagerie'' que les autres peuples d'Europe et qu'il sait manier les arts de métiers aussi bien. 

Qu'en à la valeur de la tradition orale, M. Baillargeon nuancera également son propos en disant dans son livre : '' Production spontanée du génie populaire, la littérature orale se retrouve chez tous les peuples, mais rarement en aussi grande abondance qu'au canada français. (...) L'étude de la littérature orale ne relève pas à proprement parler de l'histoire littéraire, mais de la science folklorique. Le folklore en effet comprend l'étude des traditions et des coutumes; il se rattache à l'anthropologie. '' p. 37



Pour terminer, comprenons que ce qui vient de l'oral est vivant. C'est à dire qu'il est non figé dans le temps et qu'il est changeant au fil des temps et des espaces. Une même légende peut avoir voyagée et avoir plusieurs versions chez plusieurs peuples différents. Voir, il est possible d'avoir plusieurs versions d'un même conte, d'une même tradition chez un même peuple.   


*** En bonus ***

M. Phillipe Aubert de Gaspé



Musée de la mémoire vivante




Le musée est érigé sur les lieux où vécut Philippe Aubert de Gaspé et qui lui ont inspiré Les anciens Canadiens et la rédaction de ses Mémoires. Ce site porte les traces de près de 300 ans d'habitation. Un fournil, un caveau à légumes et le tracé au sol des fondations du second manoir des Aubert de Gaspé y sont interprétés. 




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